| V.10.02.01 | Résolution mini 1024*900 conseillée | Navigateur Firefox Mozilla recommandé | Carnets Virtuels | Dol Orh'Ant | Forum |

DolOrh’Ant « Les Carnets Virtuels
RSS
 

Archives de la catégorie ‘DolOrh’Ant’

Dol Orh’Ant – La mine dort

03 nov

Dol Orh’Ant – Le grand récit de l’ère des Voix
Les hurlements de l’homme sans Voix

- La mine dort -

Un nuage invisible se dévoile en passant devant le faible quartier de lune. Il est suivit lentement par un second nuage, plus gros, plus lourd. L’air sent le métal. Il reste encore quelques maigres heures avant que le soleil ne se lève pas, noyé sous la pluie. Encore quelques heures avant que la trace des prédateurs ne s’estompe dans la boue. Le Cireux coure depuis qu’il s’est relevé. Du sang s’est échappé de son corps par les nombreuses plaies qui le recouvrent, mais il en a encore beaucoup en réserve. Il fait encore nuit et déjà jour, le ciel expose ses plus belles parures. La pluie n’est pas venue et les nuages au loin passent du noir au gris avant de tenter un rose léger et furtif. Le blanc est finalement adopté. La forêt cède la place aux bois, qui à leur tour s’effacent pour que la plaine l’emporte. Le soleil est visible maintenant, et les premiers rayons ravivent la fougue du Cireux. Il s’arrête un instant, comme pour apprécier le précieux moment. Quelques fleurs gorgées de rosée terminent leurs existences au fond de la gorge du colosse, qui reprend sa course. Des rochers. La trace est perdue. Une odeur forte, peu commune, agresse l’odorat. Le Cireux crache, escalade de ses quatre membres, et aussitôt, se jette à terre.

Un cratère. Une plaie noire. Des dizaines de fourmis à deux pattes qui portent de lourds sacs en toile. Les ouvriers sont des enfants, et des adultes. Sur la gauche, un enclos pour mettre les vaches, sauf qu’il n’y a pas de vache. Juste d’autres fourmis à deux pattes tenues en laisse par le cou, attachés à des poteaux. Assises ou couchées, sales, la peau couverte d’une matière noire, la vie n’est pas loin de les quitter. Les esclaves qui n’ont pas les yeux fermés dévoilent un regard vide, où le blanc de l’oeil n’est éclatant que par contraste avec toutes les ténèbres environnantes. Sur la droite, une tour de bois et de métal qui ne devrait pas tenir debout, mais qui résiste certainement par affront face à un monde qui ne cesse de s’écrouler. Un plateau formé de rondins attend patiemment en dessous. Les plus petits, les plus légers, y prennent place. Les plus grands, les plus forts, manipulent des chaines et des cordes pour actionner un mécanisme à poulie, et ainsi faire descendre la plate-forme vers un lieu plus sombre encore.

L’un des plus grands ne regarde pas ce qu’il fait et semble attentif à tout son entourage. Juste au moment où les autres commencent à manipuler les chaines, il quitte son poste vivement mais sans courir, et s’éloigne. Quelques pas encore. Il court. Il court droit dans la direction du Cireux, sans se retourner. Son corps maigre ne lui fournit pas assez d’énergie pour aller plus vite, mais il fait de son mieux. Alors qu’il est pratiquement au bord du cratère, un bruit terrible résonne soudain. Il ne dure qu’une fraction de seconde, mais son écho percute la roche pendant une éternité. L’homme s’écroule, une tâche rouge sombre recouvrant la crasse de sa jambe. Une main sur sa blessure, il s’aide de l’autre pour se relever. Son unique motivation semble être d’escalader le cratère pour en sortir. Il fait quelques mètres avant qu’une seconde explosion ne résonne contre la roche. Un projectile vient de lui perforer le dos, lui faisant perdre l’équilibre. La bouche entrouverte, il regarde vers le Cireux. Il regarde le Cireux. L’homme veut tendre une main, mais sa vie s’est déjà échappée par le trou dans son torse. Le Cireux s’écrase contre le sol, se faisant aussi discret que possible. En rampant, il recule, jusqu’à ce qu’il soit certain de ne plus être en vu de ceux d’en bas.

L’écho se retire humblement face à la mort dont il est complice.

 

Dol Orh’Ant – De bois, de chair

03 nov

Dol Orh’Ant – Le grand récit de l’ère des Voix
Les hurlements de l’homme sans Voix

- De bois, de chair -

Tignasse est orpheline depuis hier. Elle ne pleure pas, elle sait que ces larmes ne servent à rien. Il va faire nuit, et dans le campement, personne ne vient la réconforter. Elle taille un petit bout de bois avec son vieux canif. Pour l’instant, elle enlève juste les morceaux en trop. Encore un moment, et elle commence à couper quelques lamelles. De temps en temps, elle souffle sur son oeuvre, la pose sur ses genoux, à côté de son petit couteau, et crache dans ses mains. Elle prend une grande inspiration, et recommence. Après quoi, elle reprend son outil et se remet au travail. Quatre petites pattes prennent formes. Encore un peu de salive sur les mains, et une tête ronde trouve sa place à une extrémité du bout de bois. Deux inspirations, et une queue s’installe à l’autre bout. La petite est satisfaite, elle a bien travaillé. Tignasse range sa lame, pose sa création par terre et se couche sur le ventre. Elle manipule son jouet, et soudain s’exclame.

« - Wouarrrrr, rrrrrgh, ouarrgh ! »

Elle fouille un instant dans la poche trouée de sa salopette délavée, et en sort un second morceau de bois. Deux jambes, deux bras, une tête tordue avec deux petits trous pour les yeux, un lambeau de tissu en guise de robe. La poupée est posée au sol et commence à danser.

« - Tilalilalou… »

Innocente petite chose fragile, la danseuse commence un balai endiablé, enchaînant les sauts et les pirouettes improbables. Pleine d’énergie, elle saute sur une boite de conserve vide depuis longtemps, puis sur un tas de déchets informes. Elle dégringole, et reste allongée quelques temps, au profit du tigre terrible qui s’approche.

« - Grooo wouahrough ! »

Le tigre est énorme, et pourtant il s’avance silencieusement vers sa proie. Il a faim, il n’a pas mangé depuis au moins deux jours, et sa proie est appétissante. Il contourne une chaussure trouée, se faufile derrière une boite en carton et regarde vers le tas de déchets informes. Ses dents crochues sont toutes mouillées par sa salive qui dégouline. Un cri aigu se fait alors entendre. Le tigre et la danseuse tombe par terre, tels deux jouets en bois abandonnés.

Un autre cri, plus effrayant que le précédent, est immédiatement suivi par des bruits de bagarre. Un homme hurle à l’agonie, et trébuche devant la fillette. Une lance de métal lui traverse le torse. Ses deux mains crispées tentent de libérer sa chair de cette morsure immonde, mais il est déjà trop tard. Les yeux implorent, et Tignasse tend une main timide vers le moribond. Alors que sa main va toucher celle de l’homme, une force énorme la soulève violemment de terre et l’emporte au loin, laissant la souffrance puis l’agonie comme seules compagnes au mourant. La fillette hurle et se débat, profère des menaces et mord le bras qui la porte. Une main épaisse la repousse. Tignasse lève les yeux vers son agresseur, et reconnait Le Cireux, qui coure loin du massacre. Elle se laisse transporter, et son regard cherche des informations. Elle découvre des scènes de cauchemar, où des humains étrangement articulés attaquent, violent, démembrent toute chose vivante sur leur chemin. Bientôt, le campement n’est plus que ruine et sang, et les cris de douleurs font place à d’affolants hurlements de plaisir.

Le Cireux fuit aussi vite qu’il le peut, mais deux Inouts armés de lances et de pierres l’ont repéré et commencent la traque.

La Tignasse escalade le large dos de son hôte et se positionne de son mieux pour ne pas gêner ses mouvements. Ses petits bras font attention à ne pas trop serrer autour du cou, et ses pieds s’accrochent aussi bien que possible à la taille. Un coup d’oeil en arrière, et le coeur bat plus fort. Les inouts prennent du terrain et il en faut peu pour qu’ils rattrapent leur proie. L’un d’eux dresse un poing armé d’une lourde pierre, et dans un grognement profond, la lance comme un projectile qui se veut mortel. La pierre touche le Cireux à l’épaule, passant à quelques centimètres de la tête de Mélanie. L’autre prédateur lance à son tour un projectile, qui cette fois s’écrase sur le dos de la fillette. Sous l’effet de la douleur, elle lâche prise et tombe par terre. Le Cireux parcourt encore quelques mètres avant se retourner, quelques secondes trop tard. Un Inout agrippe déjà une jambe de la fillette tandis que le second envoie sa lance en direction du colosse, provoquant une vilaine blessure au bras. Impuissant, incapable de se battre, le Cireux fait marche arrière, laissant les deux prédateurs profiter de leur proie. Toujours vivante, la Tignasse est emportée au loin, probablement dans une grotte infecte où l’odeur du sang et du désespoir couvre celle de la roche et de l’humidité.

Le bras en sang, les yeux secs, le colosse s’égare dans la nuit et s’effondre au milieu de nul part.

 

Dol Orh’Ant – Monologue à deux voix

03 nov

Dol Orh’Ant – Le grand récit de l’ère des Voix
Les hurlements de l’homme sans Voix

- Monologue à deux voix -

- Le campement, chaque jour, encore et encore. Protéger, fouiller, récupérer, modifier, améliorer, renforcer, barricader… Ne pas manger, c’est mourir lentement. Manger, c’est peut-être souffrir. C’est peut-être mourir. Mais c’est seulement peut-être. Alors on prend ce que l’on trouve, on le renifle pour avoir bonne conscience, et on l’avale. C’est en mangeant que papa est mort, ça fait cinq jours. Enfin, il n’est pas encore mort, mais le toubib dit de faire comme si. Il dit que mon papa est tellement faible que parfois il ne respire plus. Ensuite il tousse, crache du sang, et s’endort. Le toubib dit que demain papa ne se réveillera pas.

- …

- T’es pas bavard hein ? En tout cas, je te trouve gentil. Pis t’as les yeux comme moi, et mon papa dit toujours que faut se méfier des yeux gri… Aieuh !

- …

- C’est pas grave tu sais, c’est normal que j’ai mal. Continu s’il te plaît. J’ai déjà vu le toubib poser une attelle, tu fais ça très bien aussi.

- …

- C’est rigolo ta tête, ça fait comme la bougie qu’on a sur la table quand elle brûle. Tu es malade ? Tu ne trouves pas de médicament ? Je peux toucher ? N’ai pas peur de moi monsieur, regarde je suis juste une petite fille et toi tu es grand et fort, et puis tu m’as aidé alors on n’est lié maintenant, hein oui ? C’est comment ton nom ? Moi papa m’appelle Tignasse, il dit ça en me frottant les cheveux, et il rit fort ! Alors moi je ris aussi et après je lui tire les poils du nez. Enfin, le toubib, il dit que je dois oublier tout ça maintenant et que je dois être grande très vite.

- Drek’…

- Hooo ! Tu parles ? Tu dis quoi ? Hein, tu redis ? J’ai pas compris, c’est ton nom c’est ça ?

- Tok. Yie…

- T’es rigolo tu sais ? Si tu n’as pas de nom, je peux t’en donner un si tu veux. Tu veux ? Oui ? Bon alors, je suis très forte pour donner des noms… Hum…

- …

- …

- …

- Je sais, j’ai trouvé ! Bougie ! Non ? Non, tu as raison, alors hum… Cire ? En tout cas, la tâche sur ta tête est drôlement bien pour te donner un nom. Hé !? Qu’est-ce que tu penses de Cireux ? Le Cireux ? Ca te plait ?

- …

- J’en étais sûre ! Le Cireux. Ravi de vous rencontrer monsieur, moi je suis Tignasse d’après papa, et Mélanie d’après maman. Comme elle n’est plus là, c’est papa qui décide, et donc ce sera Tignasse.

- Shosko, swel’sie.

- Hooo, tu as terminé ? Je suis fatiguée tu sais… Tu es fort ! J’ai une jambe toute neuve maintenant… J’ai envie de dormir… Je peux même me mettre debout regard… Aieuh ! Demain peut-être… Bonne nuit Le Cireux…

- …

 

Dol Orh’Ant – La jambe brisée

29 avr

Les hurlements de l’homme sans Voix – La jambe brisée

L’os est brisé, la peau perforée. La jambe est perdue. Sa propriétaire aussi. Pas encore morte. D’abord, la douleur. Surtout, pas de cri, les prédateurs sont proches. La douleur. Une véritable amie. Souffrir signifie être encore en vie. Vivre un jour de plus. Juste un jour. Chaque jour. Recommencer.

Au départ, trois compagnons. L’âge ? 24 ans peut-être ? Un autre un peu plus âgé, 30 ans surement. Et une enfant, probablement 7 ans. Celui de 24 ans n’en aura jamais 25. Un faux-pas est vite arrivé, un crâne rapidement fendu. Celui de 30 ans n’en aura jamais 31. Profiter de la mort de son compagnon pour abuser d’une enfant apporte son lot de surprises. Ne pas prévoir que la fillette porte une dague qu’elle manie très bien, c’est une erreur. Dans la brève bataille qui précède le cou tranché, la jambe est prise en étau par deux mains adultes et une racine rampante.

L’os est brisé, la peau perforée. Un cri. Des pleurs. Aujourd’hui est le dernier jour ? Non, la fillette en a vu d’autre, elle se souvient de l’hiver dernier, de la cicatrice sur son visage qui ne lui fait jamais oublier. Un chien. Un simple chien. Un simple chien affamé. Souffrir signifie être encore en vie. Vivre un jour de plus. Juste un jour. Recommencer.

Des bruits. Une créature énorme, massive et lourde s’approche. Le sang ? Le cri ? Les pleurs ? Quelle importance, le prédateur arrive. Le douleur disparait. Le souffle se fait rare. Les oreilles perçoivent chaque son. Les yeux chaque mouvement. Le nez toutes les nuances d’odeurs. Encore quelques secondes et celle de 7 ans n’en aura jamais 8.

Le sommet du crane de la créature semble couler sur sa face, comme une bougie fondue sur un rocher. Les yeux clairs trahissent l’origine ethnique du colosse qui s’avance sans un mot. La peau est étrangement colorée, d’un jaune pâle. Le cou énorme supporte une tête solide. Le visage est impassible, sans aucune expression, à en devenir effrayant. Une bouche entrouverte laisse à peine passer un mince filet d’air. Les épaules larges et carrées inspirent la crainte et le respect, et dégagent un sentiment perturbant de calme total. Au bout des bras aux muscles imposants, les grandes mains sont simplement entrouvertes, vides.

Lentement, comme si le sol risquait de se briser sous ses pas, la montagne humaine s’avance dans un silence assourdissant. Les deux terribles mains légèrement en avant, bien en évidence, indique clairement qu’elles ne sont pas hostiles. La fillette amorce un mouvement de recul, qu’une grimace fait avorter. La douleur est trop grande. Deux petites mains s’agrippent alors au manche d’une dague fine, faite de bois et de verre taillé. Les yeux de la fillette fixent les yeux de l’homme. Les yeux de l’homme s’enfoncent dans les chairs meurtrie de la jambe brisée.

Celui qui a la tête comme une bougie se déplace alors plus prestement, arrache une poignée de feuilles de sa main droite, déchire un morceau d’écorce d’un coup de mâchoire, et cueille quelques champignons malodorants. Sans prendre gare à la pointe acérée que tient toujours la petite créature affaiblie, il s’approche à un pas et pose les deux genoux à terre. Dans cette position, il est encore plus imposant. Commence alors un lent et inquiétant dialogue silencieux. Les doigts trient, les mains déchirent, les poings écrasent. La dague n’est plus pointée. Elle pend mollement au bout du bras sale de l’enfant.

L’inconnu tend alors un morceau de bois enroulé dans une feuille épaisse. La fillette hésite. L’homme fait signe qu’il faut le mettre dans la bouche et mordre très fort. La fillette a peur de comprendre. Il tend son bras, insistant. La fillette prend l’objet, et le place nerveusement dans sa bouche. Elle mord. D’une main, il prépare délicatement une sorte de bouillie et confectionne un petit tapis tout autour de la blessure. Elle regarde le colosse s’emparer de sa jambe brisée. Elle regarde sa peau perforée. Elle regarde son sang qui s’échappe de son corps. Elle regarde les deux mains énormes qui touchent la plaie. Il lui fait signe de prendre une grande inspiration. Ce qu’elle fait.

Un cri. Des pleurs. L’os est brisé. La peau perforée. La jambe n’est pas perdue. La douleur. Une véritable amie. Souffrir signifie être encore en vie. Vivre un jour de plus. Juste un jour. Chaque jour. Recommencer.

 
Commentaires fermés

Classé dans DolOrh'Ant, Leelh, MMOG, RécitD'Aventure

 

Dol Orh’Ant – Le récolteur

28 fév

Deux semaines déjà qu’il les cherchait, sans les trouver. Le vieux crétin n’éprouvait aucun désespoir, aucune lassitude, aucun regret. Il constatait seulement la valeur du temps et l’ampleur de la tâche qu’Elles lui avaient confié.

Pour se nourrir, il chassait les lézards géants qui trainent en bande non loin des villes. Ces ophidiens craignaient la présence des humains, tout en l’appréciant : les gros animaux n’avaient qu’à fouiller les déchets environnant pour trouver de quoi manger, et pouvaient ainsi passer le plus clair de leur temps à se chauffer au soleil. De temps en temps, le vieux crétin volait des poules dans les fermes, généralement peu gardées. L’un de ses plaisirs ? Dévorer les œufs presque éclots. La chair encore molle des poussins coulait délicieusement dans le fond de sa gorge râpeuse.

La lune cireuse fixait son unique oeil sur la créature bipède qui trottait dans le désert. La lumière ombrée laissait voir la silhouette désarticulée qui avançait vers nulle part. De temps en temps, le vieux crétin se jetait à terre, ramassait quelques restes de l’ancien monde avant de les enfouir dans son sac, puis repartait dans une direction au hasard. Le récolteur aimait ces vieux débris. Il s’amusait souvent à les transformer, les assembler, les réparer, et réussissait parfois l’exploit de les améliorer, voire de créer de nouveaux objets.

Le récolteur fredonnait une sorte de comptine pour enfants, aux paroles incongrues pour quiconque eu pu les entendre. Une série de syllabes revenait régulièrement.

« - Dox polk crii mut. Dox polk crii mut. Dox polk crii mut. »

Il s’arrêta soudain.

Plus loin en arrière, quelque chose avait bougé. Il regarda la lune en grimaçant comme en gamin croquant dans un citron frais, puis cracha d’un liquide sirupeux sur une araignée qui passait par là. Surprise, elle se figea, et se fut son erreur. Soulevée par des doigts calleux, elle allait terminer son existence écrasée par deux molaires noirâtres.

Pas si loin en arrière, quelque chose était aux aguets. Une meute de coyotes affamés suivait la piste odorante qui mènerait à leur prochain repas.

Le vieux récolteur fouilla mollement dans son sac et en sorti un tir-bouchons rouillé ainsi qu’un long tourne-vis. Il ricana silencieusement, posa son barda, et fit un pas en direction de la meute.

Il pouvait à présent entendre les cinq canidés qui jappaient d’excitation, et bientôt sentir l’odeur fauve qui s’échappait de cette puissante sauvagerie. Il commença à courir en titubant et en riant, tandis qu’un nuage massif obstrua l’oeil de la nuit, plongeant le désert dans les ténèbres… et la souffrance.

La nuit aveugle céda à la pâle lueur de la pleine lune. Une créature couverte de sang glapissait seule dans la nuit. Les pattes arrières repliées contre la poitrine, elle léchait une plaie superficielle, se délectant du liquide au goût métallique qui en suintait. Un long moment plus tard, la créature se déplia, rampa un instant dans la marre de sang qui séchait tout autour d’elle, puis elle se dirigea d’un pas syncopé vers son sac, avant de reprendre sa route. Quelques pas de plus, et elle sautait à terre.

La récolte n’était pas terminée.