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[Vag] – Retour à la Roche de Feu

fév 2012

Ciel bleu, températures négatives, fin de matinée. Et si j’allais manger à la Roche de Feu, que je n’ai vu qu’au soleil tombant ?

Retour à la Roche de Feu

Maintenant que je connais le chemin, je ne fais pas de détour. Il fait bien froid au départ, et malgré des vêtements adaptés, il me faut quelques minutes pour me sentir bien, le temps que ça chauffe… Deux petites heures de marche – pas très intéressantes car la majorité de mes pas se font sur le bitume des petites routes de campagne – me mènent jusqu’au caillou. De loin (et de jour…), il ne ressemble à rien, juste un monticule qui dépasse dans un paysage « agricole ».

Il est bientôt 13:00 quand j’arrive au sommet (281m). La terre est gelée, l’herbe croustille, et en dehors d’une poignée de véhicules croisée sur la route, la zone semble endormie, voire abandonnée. Ce qui me ravi. Je ne reste pas à la Roche, juste le temps de faire le tour de l’horizon du regard. Un bois un peu plus loin m’appelle… C’est là que je mange mon riz, dans un bon silence à peine perturbé par quelques pioupioux joueurs.

La partie intéressante commence alors. Le retour répond à une règle arbitraire : aller tout droit, ou presque. Je prends des sentes laissées par quelques animaux invisibles (en prenant garde à ne pas abimer la végétation), coupe à travers champs (sauf s’ils sont cultivés, auquel cas je fais le tour), roule sous des clotures électrique, affronte des murs de ronces, saute par dessus des ruisseaux, escalade des monticules de terre glaciale, joue le funambule sur des troncs couchés, glisse sur des pierres humides, brave des quasi-marais où je m’enfoncerais jusqu’à la cuisse si je n’y prenais garde… Il me faut trois heures (contre deux en prenant la route qui fait de nombreux détours) d’efforts intenses pour venir à bout de la lande bretonne, qui me laisse avec un grand sourire au coeur, et quelques bouts de peau en moins.

 

Mort – bateau

jan 2012

 
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Mort – écureuil

jan 2012

 
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[Vagabondage] – Rocher de feu.

jan 2012

La porte se ferme en début d’après midi. L’air est frais, le ciel très clair. Je pars au hasard pour le reste de la journée… enfin, un petit peu plus.

Rocher de feu

Le regard par la fenêtre, je suis happé par le ciel totalement bleu, et c’est sur un coup de tête que je m’en vais. Rapidement je change de vêtements et troque le coton contre un tissu plus adapté à l’effort et à la fraicheur : t-long synthétique, légère polaire, pull en laine et veste coupe vent et pluie. Si je n’ai pas du tout froid, je n’ai pas chaud non plus. Les températures ont bien chuté ces derniers jours, et le gèle teint de blanc l’herbe restée à l’ombre. Où je vais, je n’en sais rien. Un chemin que je ne connais pas, puis un autre, et un autre, me voici perdu dans la campagne du Finistère.

Le soleil bas rend éblouissant le moindre objet que l’on regarde dans son axe. C’est probablement par contraste avec les semaines grises passées, mais tout me semble « beau »… Je m’arrête rapidement, un écureuil rouge vient de se servir d’un tapis de feuilles mortes pour bondir sur un tronc. Il me regarde fixement, puis soudain tape l’écorce avec ses pattes de devant et émet des… grognements ? Je ne bouge pas, mais lui si, il devient frénétique. Il monte sur son perchoir et à chaque étape, il cogne de plus belle et… cri ? Pauv’ bestiole effrayée, je laisse la boule de poils se calmer sans ma présence et continue mon chemin.

Sans objectif, je marche pour marcher. Il me faut juste être de retour avant la nuit, car à part un couteau, une bouteille d’eau et une loupiotte à dynamo, je ne suis pas équipé anti-gel pour dormir dehors. Les pistes étant en très mauvais états, éventrées par des tracteurs ou simplement inondées, je reste sur le goudron. Aucun véhicule ou presque. Lundi après-midi sur des routes qui ne mènent que dans des trous paumés, je suis tranquille. Cependant, l’heure tourne, et le soleil n’a pas toute sa vigueur estivale. Loin d’être perdu tout en ne sachant pas vraiment où je me trouve, je « tourne à gauche » deux fois, histoire de faire une boucle et retomber sur mes pattes.

En guise de pattes, voilà un panneau. Le rocher de feu. Direction : par là. Distance : pas très loin. Culminant à 281m il est l’un de sommet des monts d’arrée. A l’époque des invasion vikings, un gardien se tenait là haut et devait allumer un grand feu, visible depuis le Menez Hom, pour alerter la plaine. Aujourd’hui, on a le téléphone portable, mais il faut admettre que c’est moins esthétique. Je monte voir le caillou, et me rends compte que le sol résonne comme du carrelage. La terre est totalement gelée et n’a pas pu se réchauffer de toute la journée. Arrivé au sommet, le soleil touche presque l’horizon. C’est joli, et ça signifie que j’ai mal géré mon temps. Il reste moins d’une heure de jour, et pas loin de deux heures de marche.

Marcher de nuit est quelque chose que je fais très rarement. C’est un tord, surtout par un ciel pareil. Je suis témoin de l’éveil des premières étoiles, et la lune ne venant pas, le noir est de plus en plus noir. Les étoiles arrivent par dizaines puis centaines. Quelques véhicules me jettent leurs phares dans les yeux, et je prends soin de me mettre à l’écart. Habillé sombre, elles ne doivent me voir qu’au dernier moment. Quoi qu’il en soit, la boucle est bouclée, et les derniers kilomètres dans la « vraie nuit » m’ont ravi. Un bémol tout de même, la nuit on s’aperçoit encore plus rapidement de la présence écrasante de l’humain : lumières artificielles de véhicules, éoliennes, maisons, et éclairages divers. Je regarde l’heure en arrivant : cinq heures de marche quand même.

 

[Vagabondage] – Pas d’Hiver

déc 2011

En ce début d’hiver, le soleil est timide mais présent. Les températures assez douces épargnent les matinées de la gelée. La lumière froide éclaire une nature souvent négligée en cette saison. L’occasion idéale pour une petite marche, entre le Faou et Douarnenez en passant par le Menez Hom (GR 37 et 34).

Pas d’Hiver

C’est devenu une habitude pour moi maintenant, je marche la première demi-heure du pas de ma porte jusqu’à la voie rapide qui traverse la Bretagne, et je lève mon pouce. Dans le coin, terres agricoles et éoliennes offrent un paysage paisible bien que très « humanisé ». Où sont les forêts, les prairies, les rivières ? Rasées, cultivées, détournées… Les débuts sont donc peu engageant pour le marcheur, et le pouce est une solution viable pour s’éloigner de quelques kilomètres. Comme l’endroit est isolé, peu de véhicules passent. J’attends donc tranquillement et après une ou deux poignées de voitures, une dame s’arrête pour moi. Présentation, discussion… Elle se rend à Brest et souhaite faire un pause café entre temps, justement au Faou, qu’elle ne connait pas. Je la conduis donc, et fatalement, je termine assis à une table à boire en sa compagnie le thé offert. Merci Catherine. Une heure plus tard, nos chemins se séparent, direction le pont de Terenez pour moi.

Quelques jours plus tôt, une tempête (vents force 10) a vaguement balayé la France, et la pluie est tombé en abondance pendant plusieurs semaines. Résultats visibles à mon échelle, les chemins sont dans un état… intéressant. Mes chaussures s’enfoncent régulièrement jusqu’à la cheville et quelques fois à mi-mollet. Mon bâton, une simple branche droite et solide récupérée à terre et retaillée, me sert bien pour sonder le sol avant de poser le pied, et j’y prends appui plus d’une fois pour enjamber des passages délicats. Cette troisième jambe m’évite de nombreuses glissades. Malgré de bonnes chaussures, la boue rend les crampons pratiquement inutiles. Le bâton fait tourner les têtes des rares personnes que je croise, et fait sourire les enfants comme les grands. Je suppose que la rencontre d’un « marcheur- campeur- barbu », en hiver en plus, vient achever une vision peu commune.

Question matériel, j’emporte plus ou moins la même chose qu’à chaque randonnée. Le sac pèse au final environ 12-13kg (pas de balance, poids estimé), dont de la nourriture pour deux jours et deux bouteilles de 75cl d’eau. Pour dormir, un abri « tarp », un plastique à mettre au sol, un duvet vieillissant, un sursac thermique, et ça suffit. Au cas où, une polaire légère et un T-long viennent en renfort contre le froid. Trop lourd et volumineux et abimé, le couchage est sur ma liste des priorités à renouveler. Pour marcher, le même pantalon que je sors depuis un moment fait très bien l’affaire, ainsi qu’un caleçon basique. Un T-shirt synthétique et une polaire à capuche surmontés d’une veste coupe-vent et pluie complètent le haut. Si trop froid, j’enfile les affaires de nuit en plus, mais ça n’a pas été le cas ici.

Le Menez Hom approche, et le soleil sombre. Le GR passe ici sur une portion goudronnée, et les champs à droite comme à gauche n’invitent pas au bivouac : boue, flaques, herbes hautes… Je vois un terrain plat, et curieusement moins humide que les autres. Problème potentiel, il est collé à une maison. Il m’est arrivé plus d’une fois de demander la permission de camper dans un champs : ça évite les déconvenues avec les propriétaires et permet parfois de faire de belles rencontres. En voici une, justement. Un couple de hollandais tient la maison et ne parlent pas très bien français. C’est donc en anglais que l’on s’identifie, et que j’explique que je souhaite simplement dormir dans leur champs à l’écart de la maison. Ils sont étonnés, me questionnent sur le froid, d’où je viens, où je vais, etc. finalement ils acceptent avec un grand sourire. Alors que je sors mon abri du sac en me dépêchant (la nuit commence maintenant), ils reviennent vers moi. Dans la grange, ils ont un camping-car au repos, vide et disponible. Je ne comprends pas tout de suite : ils m’invitent à dormir dans le camping-car, et à prendre le petit déjeuner le lendemain matin. Et bien, malgré deux prénoms « exotiques » que je n’ai pas su retenir, merci les hollandais !

Je poursuis ma route le lendemain, où la météo est plus capricieuse : les nuages arrivent et laissent glisser quelques gouttes glaciales avant d’être poussés par un vent de plus en plus fort. Le Menez Hom passe, je tombe ou plutôt m’enfonce jusqu’aux genoux dans un mélange d’herbe et d’eau qui semble avoir bouffé le sentier, puis je coupe par un champ pour retrouver la piste un peu plus loin. Le champ est fourbe et il m’attaque insidieusement : là où le sol parait solide, un piège s’ouvre pour me croquer les chausses dans un vomi de bouses de vaches mêlées à une sorte de boue collante. Plus loin, un ruisseau vigoureux est le bienvenu, et l’eau emporte toute cette… merde. Je reste au sec à l’intérieur, tout glisse par dessus le pantalon et les chaussures. Je ne suis mouillé qu’en cas d’insistance ou de pluie prolongée, mais je peux traverser un cour d’eau rapidement sans faire sprounch sprounch ensuite. La suite reprend le sentier des douaniers (GR34) jusqu’à Douarnenez. Je suis sensé arrivé demain, mais comme je marche sans pause, j’arrive avant l’heure. Je ne marche pas spécialement vite, simplement je ne ressens pas le besoin de faire de halte. Je me sens mieux en mouvement… Je traine un peu sur des sentiers annexes et trouve un coin à l’abri du vent pour passer la nuit, cette fois sous mon abri. Pas eu froid malgré les alternances de pluie, vent et ciel dégagé de la nuit, j’ai même ouvert mon sac un moment pour faire entrer du frais. Je contemple longuement les étoiles, m’endort, regarde de nouveaux les étoiles, etc, jusqu’au matin. Retour en levant le pouce, et fin de ces quelques pas d’hiver.